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Sifflet tubulaire en forme d'homme pensif

Autre dénomination (terme vernaculaire)
siurell

DMH1933.135.28

Espagne > Baléares > Felanitx
1re moitié du xxe siècle (vers 1933)

Terre cuite peinte

Classification Sachs - Hornbostel : 421.221.311


Historique

Acquisition : Don Maria Ferst
Ancienne référence : DMH1933.135
Ancienne appartenance : musée de l'Homme


Description

L'objet représente un homme assis portant la main gauche à sa tête. La figurine repose sur un socle plat ovale. À l'arrière du socle a été ajoutée une courte flûte tubulaire. La fenêtre de cette flûte de forme ovale et allongée vers l'embouchure s'ouvre sur le dessus.

Le corps et la tête de l'homme sont formés d'un boudin d'argile resserré au niveau du cou et pincé à l'avant de la tête pour faire apparaître les oreilles, les cavités orbitales et la bouche. Quatre boudins forment les membres. La jambe droite est repliée devant l'homme, la gauche repliée au-dessus. L'homme pose la main droite sur le genou et lève le bras gauche pour porter sa main à l'arrière de la tête. Sur la tête est posé un chapeau à large bord dont l'avant est relevé.

La figurine est modelée en terre marron couverte d'un lait de chaux blanc sur lequel est tracé un décor de traits verts et rouges. Deux points rouges indiquent les yeux et un trait marque la bouche. Le corps, les membres et le chapeau sont décorés de traits peints verts et rouges. L'extrémité du sifflet est laissée brute.

Commentaire

Cette collection de siurells de 1933 comporte beaucoup de modèles peu courants comme celui-ci. En effet, la majorité des sifflets de Majorque conservés sont plus récents et proviennent essentiellement de l'atelier de Sa Cabaneta dont les modèles de personnages ou de cavaliers sont devenus aujourd'hui les modèles classiques vendus aux touristes. Ainsi la première collection de siurells est entrée au musée de Majorque en 1962. Il s'agissait d'une collection privée constituée entre 1950 et 1958.

Les sifflets de Majorque sont parmi ceux dont l'apparence peut sembler la plus fruste en Europe. Formés d'épais boudins d'argile simplement pliés et pincés, leur décor est réduit à quelques traits. Pourtant, à partir de cette technique simple, les potiers ont réalisé, comme ici, des figurines expressives aux formes graphiques parfaites, qui attirent l'attention des plasticiens.

Parmi eux, le peintre Joan Miró (1893-1983) est le plus célèbre. Né à Barcelone de la fille d'un ébéniste de Palma de Majorque, l'île est un lieu important dans sa vie. Il s'y marie en 1929 et, bien qu'installé à Paris, il y fait par la suite de nombreux séjours. C'est à Majorque qu'il construit son style définitif à partir de 1942. Il s'installe en 1956 à Palma de Majorque, où il décède en 1983.

En voyant ces figurines dans le studio de l'artiste à Paris, Robert Desnos fut le premier à noter au début des années 1920 la relation entre certains des animaux du tableau La ferme (1921-1922) et ces sifflets. En 1955, Brassaï pensait que la collection de siurells de Miró dans son studio de Barcelone semblait tellement faire partie de son univers fantastique qu'ils auraient pu être réalisés par l'artiste lui-même. Miró confirma que ces sifflets furent à la source de deux de ses sculptures en 1966 : Oiseau lunaire et Oiseau solaire. L'oiseau solaire évoque effectivement certains siurells en forme d'oiseau comme ceux que conserve le musée des Instruments de Musique de Bruxelles. Ces derniers datent de la fin du xixe siècle (no inv. 1998 et 1999). Ces deux pièces sont peut-être parmi les plus anciens sifflets de Majorque conservés en musée et les seuls témoins des sifflets que Miró pouvait voir dans son enfance.

Celui-ci les avait découverts quand, jeune enfant, il passait ses vacances à Palma. Rentrant chaque année à Barcelone, il tenait en effet à ramener un de ces sifflets. Cet intérêt eut beaucoup d'influence sur sa création artistique. Salvador Dalí l'avait moqueusement surnommé « le peintre de sifflets de Majorque ».

L'attrait de Miró pour la sculpture venait de son expérience du modelage de l'argile dans le studio de Gali en 1912, où il découvrit une sensation physique que la peinture ou le dessin ne lui procuraient pas. Il déclara qu'il utilisait beaucoup les doigts, « comme les femmes fabriquant les siurells ». Il garda cette fascination pour ces sifflets toute sa vie. Il admirait la manière dont « chaque figurine a sa propre physionomie même si elles sont produites par centaines ».

Sans doute aurait-il vu dans ce sifflet, comme dans beaucoup des siurells du MuCEM, la survivance d'un art plastique ancien dont il se sentait l'héritier.


Bibliographie

  • Nicholas Watkins, « Miro and the “Siurells” », The Burlington Magazine, vol. 132, n1043, 1990, p. 90-95.


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